Phrases utiles · 11 septembre 2026 · 8 min de lecture · par Jérémie Chiari
Compter en japonais, c'est apprendre à coller un petit mot derrière le chiffre. Ce mot s'appelle un compteur, et il change selon la forme de ce que tu comptes. Deux stylos ne se comptent pas comme deux personnes, ni comme deux bières. Le chiffre, lui, bouge peu : ichi, ni, san, yon, go.
Ce qui bouge, c'est la syllabe collée derrière, et la façon dont elle déforme le chiffre quand tu le prononces. C'est exactement là que ça bloque. On peut connaître les dix premiers chiffres japonais et rester muet devant un serveur, pour commander deux cafés.
Dans une conversation ordinaire, une poignée de compteurs couvre presque tout. Une caissière, un serveur, un agent de gare entendent les mêmes formes toute la journée. Le reste, tu l'ajouteras plus tard, quand tu en auras besoin. Ce qui compte aujourd'hui, c'est de dire un nombre à voix haute sans t'arrêter au milieu.
Un compteur est un mot court qui se colle au chiffre pour annoncer de quel type de chose tu parles.
Le français fait la même chose, mais seulement par endroits. Tu dis deux tranches de pain, trois feuilles de papier, quatre paires de chaussures. Le japonais généralise ce réflexe à tout ce qui se compte. Tu ne dis pas « deux » tout seul : tu dis deux-objets-plats, deux-objets-longs, deux-personnes.
Une commande tient alors en trois blocs : l'objet, le nombre avec son compteur, la formule de politesse. « Biiru o nihai kudasai » veut dire « deux bières, s'il vous plaît ». Biiru, c'est la bière. Nihai, c'est deux récipients. Kudasai, c'est s'il vous plaît. L'ordre ne change pas, quelle que soit la situation.
Il existe aussi une série de nombres qui se suffit à elle-même, jusqu'à dix. C'est ta porte de sortie quand le compteur t'échappe :
Dans un café, « kōhī o futatsu kudasai » passe sans aucun problème. Personne ne te reprendra. Au-delà de dix, cette série s'arrête net et il faut choisir un compteur.
Les dix premiers chiffres s'apprennent en une soirée, mais trois d'entre eux ont deux prononciations concurrentes.
La base tient en une ligne : ichi (1), ni (2), san (3), yon (4), go (5), roku (6), nana (7), hachi (8), kyū (9), jū (10). Ensuite, tu combines : jūichi (11), nijū (20), sanjū (30), hyaku (100), sen (1000). Aucune irrégularité de construction, contrairement à notre quatre-vingt-dix.
Les trois chiffres à double face :
Les centaines et les milliers déforment aussi le son : sanbyaku (300), roppyaku (600), happyaku (800), sanzen (3000), hassen (8000). Ce n'est pas une liste d'exceptions à avaler. C'est le même mécanisme que pour les compteurs, celui de la section suivante.
Un mot sur la difficulté réelle. Le Foreign Service Institute, l'école de langues du département d'État américain, classe le japonais dans sa catégorie la plus exigeante pour un anglophone, autour de 2200 heures de cours. Les nombres ne sont pas la raison de ce classement. Ils s'apprennent vite.
Une petite famille revient sans arrêt : les personnes, les objets plats, les objets longs, les récipients, les petits objets, l'âge et l'argent.
Le motif saute aux yeux sur hon, hai et ko. Devant ces compteurs, les chiffres 1, 6, 8 et 10 doublent la consonne, et le h devient p. Le 3 transforme ce h en b. Ippon, roppon, happon, juppon, sanbon. Ça s'entend à l'usage, ça ne se déduit pas.
L'heure a ses propres formes, et tu en auras besoin le premier jour : nanji desu ka (quelle heure est-il), kuji (neuf heures), yoji (quatre heures), gofun (cinq minutes), juppun (dix minutes). Le parcours de japonais les fait travailler à l'oral, dans des phrases complètes.
Dans ces situations, la même structure revient : l'objet, le nombre avec son compteur, puis kudasai ou onegaishimasu.
Ces phrases ont un avantage précieux. Elles se disent en une seconde et elles déclenchent une réponse immédiate. Tu n'as pas besoin de comprendre cette réponse en entier pour que l'échange avance.
Une remarque sur ikutsu. C'est la question passe-partout, celle qui te sauve quand tu ignores le compteur attendu. Elle fonctionne pour des objets, pas pour des personnes, où l'on demande nannin.
Ce n'est pas le choix du compteur qui te trahit, c'est le rythme.
Le japonais se découpe en mores, des unités de durée à peu près égale. Le français, lui, pose un accent sur la dernière syllabe du groupe de mots. Ce réflexe déforme chaque nombre que tu prononces, et il survit longtemps au vocabulaire.
Les points à surveiller :
Aucune de ces erreurs ne t'empêche d'être compris. Elles te rendent fatigant à écouter, ce qui n'est pas la même chose. Et elles se corrigent en entendant sa propre voix, jamais en relisant une règle.
Un compteur s'installe quand tu le dis dans une phrase entière, à voix haute, plusieurs jours d'affilée.
La routine tient en trois gestes. Compte ce que tu as sous les yeux avec le bon compteur, trois stylos donc sanbon. Dis la phrase complète plutôt que le mot isolé. Répète la même commande dans deux situations différentes, au café puis à la gare.
Il te manque alors une chose : quelqu'un qui réagit et qui te reprend au bon moment. C'est le principe de notre méthode, des leçons courtes suivies d'une conversation où tu produis vraiment des phrases. Le coach t'appelle à l'heure que tu as choisie, pour dix minutes, et la prononciation est notée phrase par phrase.
Chez Volpiko, le japonais se travaille à l'oral, du niveau pré-A1 au C2. On ne t'apprend pas à écrire les kana. On te fait dire les chiffres et les compteurs à haute voix, parce que c'est le point qui bloque dans une boutique de Kyoto. Dix minutes par jour suffisent, et ce que ça change en trois mois se mesure surtout sur le débit.
Si tu vises un examen, le JLPT, organisé par la Fondation du Japon et JEES, décrit ses cinq niveaux, de N5 à N1. Garde une chose en tête : il mesure la compréhension écrite et orale, et ne fait pas parler le candidat. Le jour où un compteur t'échappe en pleine phrase, ce sont d'autres réflexes qui te sauvent, comme ceux qui évitent de s'arrêter au milieu d'une phrase.
Commence par futari, nimai et ippon. Ces trois formes couvrent l'entrée d'un restaurant, un guichet de gare et une commande de boissons, ce qui représente déjà l'essentiel d'une journée de voyage. Le reste s'ajoutera par curiosité, le jour où un serveur t'aura repris une fois. Compter en japonais n'est pas un chapitre de grammaire à avaler : c'est un réflexe de bouche, et un réflexe se prend en parlant.
Cinq couvrent une journée ordinaire : nin pour les personnes, mai pour les objets plats comme les tickets, hon pour les objets longs comme les bouteilles, hai pour les boissons servies dans un contenant, ko pour les petits objets. Ajoute la série hitotsu, futatsu, mittsu, qui compte à peu près n'importe quoi jusqu'à dix.
Utilise la série en -tsu : hitotsu, futatsu, mittsu, yottsu, itsutsu, et ainsi de suite jusqu'à tō. Elle fonctionne pour la majorité des objets et personne ne te reprendra dans un commerce. Au-delà de dix, replie-toi sur ko, le compteur des petits objets sans forme précise.
Le 4 se dit yon ou shi, le 7 se dit nana ou shichi. Les formes yon et nana dominent à l'oral. Shi est écarté parce qu'il sonne comme le mot « mort », et shichi se confond avec ichi au téléphone. Pour compter des personnes, on dit yonin, jamais shinin.
Une personne se dit hitori et deux personnes futari : ces deux formes sont irrégulières et s'apprennent telles quelles. À partir de trois, le compteur nin devient régulier : sannin, yonin, gonin. À l'entrée d'un restaurant, « futari desu » suffit, et le serveur demandera « nannin desu ka » s'il veut le nombre.
Compte à voix haute ce que tu as sous les yeux, dans une phrase entière plutôt qu'en mot isolé, tous les jours. Pour avoir un retour immédiat, un coach vocal comme Volpiko t'appelle dix minutes par jour et note ta prononciation phrase par phrase, avec trente minutes de conversation offertes à l'inscription, sans carte bancaire.
Volpiko
On réveille ton coach. Encore une seconde, et tu parles.